Démarche artistique

Rencontre fortuite, une nuit d’été avec un amoncellement de cadres anciens dépareillés, sur le trottoir messin : une mine d’or, un éblouissement.

Dérobés jalousement ces supports méprisés révolus, ces gisants magnifiques. Une révélation ! Le point initial d’une démarche inconnue, inédite, libre de toute référence.

Ces reliques abandonnées vont devoir arpenter l’espace de mes tableaux, les structurer dans une géométrie alliant rigueur des proportions et fantaisie expressive.

Très vite, l’idée de l’icône s’est imposée avec ses fonds d’or, ses figures tissées de lumière, ses irradiations perpétuelles.

Ce sera mon défi : jouer avec le monde des reflets pour faire chanter la matière.

Ne pas reproduire le visible mais rendre visible.

Les arcanes du vivant, avec ses lois internes, ses mystères, sont au cœur de mes préoccupations.

Je vais donc emprunter la voie des symboles, ce langage universel hors du temps linéaire.

Mon guide, ma recherche sera toujours la fulgurante impermanence de la lumière. Pour l’incarner, j’utilise les éclats de verre colorés, les morcellements de miroirs, le verre de vitrail. Les dorures à la feuille, les onctions à la cire d’or et d’argent qui viennent ponctuer et révéler les reliefs de résine. La couleur acrylique tapisse les surfaces creusées, l’intérieur des strates et des empreintes.

Quelle densité, quelle complexité au service de l’immatériel !

Paradoxe d’une démarche peu orthodoxe.

Tous ces matériaux dont la richesse apparente pourrait évoquer un monde baroque révolu, sont détournés de leur fonction initiale.

Les encadrements organisent une géométrie interne qui définit l’espace, ce qui laisse le champ libre aux empreintes dans la matière toujours en mouvement : ondes, rythmes et vibrations.

C’est à ce moment que le tableau ainsi défini et matérialisé s’affranchit pour s’approprier l’espace extérieur. Il n’existe pas sans les reflets, apparitions, variations éphémères du réel.

Le point de fuite est inversé, il n’est plus au centre de l’œuvre mais au cœur de celui qui la contemple.

Avec les changements de points de vue, une transformation permanente s’opère dans les verres colorés. Les matières aussi se jouent des effets d’optique, s’amplifient ou s’évanouissent.

Se laisser surprendre par la mouvance, les chatoiements, les reflets et brillances pour renouer avec le fil de ces fragments réorganisés en signes, lettres, et symboles.

A chacun sa découverte dans ces zones fragiles et mouvantes de transmutation.

Sources inspirations

Mes sources d’inspiration ont toujours été les éléments naturels associés à la lumière et l’espace.

Les symboles m’ont ouvert le champ de l’interprétation universelle et personnelle.

Les sons associés aux rythmes graphiques (tels les neumes du chant grégorien pratiqué quelques années) m’ont guidée vers les écritures anciennes : 

– idéogrammes chinois et japonais

– lettres hébraïques et tibétaines

Mais l’icône reste le point de départ de ma recherche : comment représenter l’invisible ?

Mosaïques byzantines, vitraux (ah ! le bleu de Chartres…) se sont associés naturellement à ce besoin de transcendance, de transmutation.

Le fil conducteur de ma création a toujours été et demeure un questionnement sur les lois qui régissent le vivant, la matière, la lumière.

Transcrire ces énergies dans mes tableaux et les transmettre au spectateur reste mon éternel défi.